Le festival qui arrête un pays
春节 (Chūnjié, Fête du Printemps) — connu en Occident sous le nom de Nouvel An chinois — est la fête la plus importante du calendrier chinois et déclenche la plus grande migration annuelle de l'humanité sur Terre. Pendant la 春运 (Chūnyùn, ruée des voyages du Festival du Printemps), environ trois milliards de trajets sont effectués alors que des centaines de millions de travailleurs retournent dans leur ville natale pour 团圆 (Tuányuán, la réunion familiale). Les trains sont complets des mois à l'avance. Les autoroutes se transforment en parkings. Les aéroports peinent à gérer le flux. Tout le pays se réorganise autour d’un impératif unique : rentrer chez soi.
Le festival suit le 农历 (Nónglì, calendrier lunaire), tombant entre le 21 janvier et le 20 février selon le calendrier grégorien. Les célébrations durent techniquement quinze jours, du réveillon du Nouvel An jusqu’au 元宵节 (Yuánxiāo Jié, Fête des Lanternes), même si l’intensité principale se concentre dans les premiers jours.
L’origine mythologique
Le mythe fondateur tourne autour d'une bête appelée 年 (Nián) — le même caractère utilisé pour "année". Selon la légende, Nián sortait de la mer ou des montagnes chaque hiver pour dévorer le bétail et les villageois. Les gens ont découvert que Nián craignait trois choses : la couleur rouge, les bruits forts et le feu. Ils ont alors accroché des décorations rouges, fait exploser des pétards et allumé des feux de joie. Quand Nián fuyait, la célébration de la survie est devenue le festival lui-même.
Cette histoire explique en même temps toutes les grandes traditions du Fête du Printemps. 红色 (Hóngsè, rouge) domine la fête — couplets rouges sur les portes (春联, Chūnlián), lanternes rouges, vêtements rouges, enveloppes rouges. 鞭炮 (Biānpào, pétards) étaient autrefois assourdissants partout en Chine pendant le réveillon du Nouvel An, même si beaucoup de villes les ont restreints pour des raisons de sécurité et de pollution. Ces traditions sont les échos vivants d’une histoire de survie face à un monstre. À lire ensuite : Les festivals chinois expliqués : les histoires derrière les célébrations.
Le réveillon : l’événement principal
除夕 (Chúxī, réveillon du Nouvel An) est le centre émotionnel du Fête du Printemps. Les familles se réunissent pour 年夜饭 (Nián Yè Fàn, le dîner de la réunion) — le repas le plus important de l’année. Les plats sont choisis pour leur sens symbolique : le poisson (鱼, Yú, homonyme de « surplus »), les raviolis (饺子, Jiǎozi, en forme de lingots d’or), les rouleaux de printemps (春卷, Chūnjuǎn, représentant la richesse), et les gâteaux de riz (年糕, Niángāo, symbolisant la progression annuelle).
Après le dîner, les familles 守岁 (Shǒu Suì, « veillent l’année ») — elles restent éveillées jusqu’à minuit pour accueillir la nouvelle année. La 春晚 (Chūn Wǎn, Gala du Festival du Printemps), diffusée par CCTV depuis 1983, passe quasiment sur toutes les télévisions du pays. C’est à la fois la retransmission télé la plus regardée et la plus critiquée au monde — des centaines de millions de personnes la regardent tout en se plaignant qu’elle n’est plus aussi bonne qu’avant, ce qui est devenu une tradition en soi.
À minuit, les pétards éclatent. Dans les villes où ils sont encore autorisés, le son est extraordinaire — un mur solide d’explosions durant trente minutes ou plus. Dans les villes restreintes, les habitants regardent les feux d’artifice à la télévision ou allument...